Une Tribune d’Orri Vigfusson dans le Marin du 8 Mars 2013

La Guerre du Maquereau aura-t-elle lieu ? ou A qui appartient les Océans ?

Il semble y avoir un problème insoluble à fixer de justes quotas nationaux pour des poissons qui migrent dans les eaux de plusieurs pays, car en effet, personne ne peut précisément établir à quel endroit dans son périple un poisson donné va grossir. Cela dépend bien sûr du temps que ce poisson va passer à tel ou tel endroit et cela change chaque année.

Ce qui est sûr en revanche, c’est que la biomasse du saumon sauvage Atlantique est créée dans des zones où l’UE n’a pas son mot à dire, car ces zones sont en dehors de sa juridiction, principalement les eaux du Groënland, de l’Islande et des Iles Féroés. Et pour compliquer les choses il semble maintenant que l’humble maquereau, le poisson qui, de tous ceux de l’Atlantique, arrive sur nos tables en plus grand nombre, copie le comportement du saumon. Le maquereau semble avoir décidé que les eaux dans les limites des 200 miles des zones de pêche autour de l’Islande sont particulièrement attirantes.

Vous pouvez rendre responsable le réchauffement climatique global des mers arctiques si vous voulez, pour pousser le maquereau à se déplacer vers le nord dans les eaux islandaises. Mais cela ne va pas aider les pays qui pêchent le maquereau à s’entendre sur le tonnage de prises que chacun doit prendre. Cela complique singulièrement la répartition des prises. Aussi, pour l’instant, chaque pays fixe la part des bancs de maquereaux que ses pêcheurs peuvent prendre.

Et cela, dans un laps de temps très court, peut signifier l’arrêt de mort de la pêche au maquereau, tout comme la surpêche sans limite qui concerna un autre poisson migrateur apprécié – le hareng – aux 19eme et 20 ème siècles, ne fit que dévaster cette espèce.

La pêche au maquereau a été jusqu’à présent une vraie mine d’or pour les pêcheurs professionnels d’Ecosse, d’Irlande et de Norvège, à un tel point que l’absence d’un accord international sur des quotas raisonnables est déjà en train de mettre en danger le maquereau et encourage des progrès continuels en taille, puissance et capacité de prise des bateaux senneurs qui tuent la plupart des poissons, avec pour résultat des coups de filet d’une taille obscène.

Certains pensent même que le déplacement du maquereau de zones océaniques plus au sud des eaux internationales ou de l’UE  vers le nord, pourrait mener à une nouvelle version de cette déplaisante et dangereuse guerre de la morue des années soixante entre la Grande Bretagne et l’Islande. Alors que devraient faire le Groënland, l’Islande et les iles Féroés à ce sujet ?

Je pense que l’aristocratique saumon pourrait venir en aide à l’humble maquereau, et même créer une harmonie entre les nations. L’Ecosse, l’Irlande et l’UE n’ont aucun pouvoir juridique en Islande et presque tous les saumons européens vont se nourrir dans les régions nordiques où l’UE n’a rien à dire. Il y a trente ans, la surpêche là où les saumons se nourrissent menaçait d’éradiquer le Roi des Poissons. Cela fait des années maintenant qu’en faisant un geste de bonne volonté internationale, et avec l’espoir de restaurer les stocks de saumon sauvage au niveau de leur abondance d’antan, les pays en dehors de l’UE à l’extrême Nord ont justement abandonné la pêche lucrative des saumons qu’ils auraient pu pratiquer.

Ils ont fait cela en dépit du fait que la ressource ”saumon atlantique sauvage” a été extrêmement mal gérée par la Grande Bretagne, la Norvège et l’Irlande. L’Angleterre et l’Irlande ont fini par réviser leur politique et, en fin de compte, ont fermé la plupart de leurs pêcheries commerciales de saumons sauvages. Mais l’Ecosse et la Norvège continuent sans vergogne de se servir de la bonne volonté des pays de l’extrême Nord. Les moratoires anglais et irlandais sur les filets à saumons et la pêche aux longues lignes  ont, c’est chiffrable, sauvé un million de saumons écossais de l’étal du poissonnier. Pendant cette même période cependant, les filets côtiers écossais ont été autorisés à tuer 980 000 saumons qui auraient dû être libres de frayer afin d’augmenter les populations des rivières écossaises.

Plus d’un million de tonnes de biomasse de maquereaux est aujourd’hui disponible dans les eaux islandaises, mais ces nouveaux visiteurs consomment maintenant près de deux millions de tonnes de biomasse, qui jusqu’à présent, servaient de base aux poissons islandais les plus pris, tels que la morue et l’aiglefin.

La grande question dans ce conflit international du maquereau est de savoir si l’extension des zones de « grossissement » nécessaires au développement de ce poisson, sera un élément déterminant pour l’attribution de quotas nationaux justes et durables.

Je pense que, comme dans le cas du saumon, il ne peut pas y avoir de formules ou d’accords entre états sur la façon d’allouer les stocks de poissons migrateurs.

Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les poissons ”errants” tels que le maquereau, le saumon, le capelan et le merlan bleu, dont les zones de captures légales appartiennent à beaucoup de pays de droits différents. Des accumulations de données biologiques sans fin ne sont pas d’un grand secours et les efforts politiques semblent souvent apporter une plus grande confusion, propre à diviser les acteurs encore et encore. Chaque pays pense que la science est de son côté et donc chaque pays interprète ses résultats de façon différente.

 

D’un côté vous avez la Norvège et les pays de l’UE, et de l’autre vous avez les pays du Nord comme l’Islande, le Groënland, les iles Féroés et la Russie.

Les racines de leur désaccord datent déjà depuis longtemps et des problèmes similaires se posent aussi pour d’autres espèces piscicoles. C’est une raison supplémentaire pour laquelle je suis convaincu qu’une autre approche radicalement différente est nécessaire. Une version de la solution apportée au saumon pourrait être vraiment la réponse. Les anciens pêcheurs de saumon de l’extrême Nord auraient pu détruire ”Salmo salar” s’ils l’avaient voulu. Pourtant ils ont été encouragés à coopérer à la sauvegarde du saumon grâce à des compensations financières apportées par mon organisation, le North Atlantic Salmon Fund, et nos partenaires « conservationnistes » du monde entier. Nous avons aussi aidé les nordistes à transformer leurs bateaux et à porter leurs efforts sur d’autres formes de pêche qui sont durables et très profitables.

En opposition à cette approche éclairée, l’Union Européenne ne se distingue pas par ses résultats sur la gestion de ses pêcheries. Le fait est que les scientifiques de l’UE ont mis en place des modèles de gestion théoriques qui sont tout simplement inutilisables. On ne peut en mesurer les résultats et il semble que ces mêmes modèles soient incompréhensibles pour ses décideurs. C’est la raison primordiale pour laquelle la vaste majorité des islandais, féringiens, groënlandais et norvégiens n’ont pas rejoint la Communauté Européenne.

Ce qui manque dans le débat sur le maquereau c’est l’utilisation de facteurs économiques et socio-économiques, ainsi que la participation des acteurs du secteur privé concernés, qui pourraient négocier une solution commerciale. Les hommes politiques ont entièrement échoué sur la recherche de quotas acceptables et je voudrais suggérer qu’il est grand temps que nous laissions résonner à travers les couloirs internationaux du pouvoir, un écho puissant qui rappelle la façon dont les problèmes du Roi des Poissons furent abordés.

 

Orri Vigfússon,

Président du North Atlantic Salmon Fund  (NASF)

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