Le NASF signe la convention pour une hydroélectricité durable

Mercredi 23 juin 2010, le NASF et plusieurs associations nationales de protection de l’environnement se sont engagées aux côtés de l’Etat, des représentants des collectivités locales et de l’ensemble des hydro-électriciens, à entrer dans une nouvelle gouvernance basée sur la concertation pour tenter de construire l’hydroélectricité de demain.

Comment concilier production d’hydroélectricité et protection de la biodiversité ? Comment harmoniser la mise en œuvre de la Directive Cadre sur l’Eau, qui nous oblige à aller vers le « bon état écologique » des milieux aquatiques avec la volonté, par exemple, de mettre en oeuvre le règlement anguille, d’une part, et d’atteindre 23% d’énergies renouvelables dans la consommation française d’énergie à l’horizon 2020, d’autre part ? Comment effacer, dans le consensus, les ouvrages les plus dommageables pour les poissons migrateurs ? Comment gérer au mieux l’héritage des 60 000 ouvrages construits sur les 500 000 kilomètres de rivières françaises ? Comment installer dans les meilleures conditions possibles de nouvelles capacités de production et sortir de la très grande conflictualité qui accompagne tout projet d’aménagement hydroélectrique dans notre pays ? Comment renouveler des concessions dans un parc vieillissant ? Comment préserver les ultimes « rivières sauvages », joyaux d’un capital naturel en sursis ? Bref, comment passer à une hydroélectricité plus durable ?

En effet, si les barrages produisent un courant parfaitement renouvelable, l’électricité mise sur le marché est loin d’être « verte par nature ». Son impact sur les milieux aquatiques reste significatif, depuis la disparition des populations de poissons migrateurs dont le saumon atlantique jusqu’à l’érosion des fleuves et du littoral, suite à la rétention des sédiments dans les retenues en passant par la dégradation de la qualité de l’eau.

Depuis septembre 2008, tous les acteurs concernés (élus, EDF, GDF Suez, Union Française de l’Electricité, France Hydro, Electricité Autonome de France et les ONG) se sont réunis pour élaborer un projet de « Convention d’engagements pour le développement d’une hydroélectricité durable en cohérence avec la restauration des milieux aquatiques suite au Grenelle de l’environnement ».

Au cœur de ce projet d’accords, à la gouvernance inspirée du Grenelle de l’environnement, se trouvait, notamment, l’engagement Grenelle, d’aménager les obstacles les plus problématiques pour la migration des poissons dans l’objectif d’atteindre ou de conserver, d’ici à 2015, le bon état écologique ou le bon potentiel pour les masses d’eau superficielles. Une autre contrainte forte était la fixation de l’objectif chiffré du nombre de TWH supplémentaires provenant de l’hydro-électricité. En juillet 2008, le Ministre d’Etat à l’Energie et à l’Ecologie donnait un cap d’augmentation nette de 7 TWH d’ici 2020, pour le secteur de l’hydro-électricité. Cet objectif a été réduit à 3 TWH en décembre 2009 au cours de la négociation.

En novembre 2009, un autre pas très important avait été franchi avec l’annonce, par Mme. la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, d’effacer les deux barrages de Vezins et La Roche qui Boit sur la Sélune, dans la Manche, dans le cadre du « Plan de renaturation de la continuité écologique des cours d’eau ». Un autre pas devrait être fait avec l’effacement et le remplacement du barrage de Poutès, sur le haut Allier, une des dernières « rivières sauvages » d’Europe. Aujourd’hui, pour mettre en œuvre des solutions et restaurer les écosystèmes aquatiques sans pour autant augmenter les émissions de gaz à effet de serre, la grande majorité des ONG s’engage aux côtés des représentants des collectivités locales, de la totalité des hydro-électriciens et des services de l’Etat pour tenter de construire l’hydroélectricité de demain. Le chantier est immense, et la situation ne va pas changer du jour au lendemain. En effet, le fossé entre aménageurs et écologues est encore très large, comme en témoigne le chantier en cours du barrage du Rizzanese, sur la plus belle rivière de Corse. Les ONG signataires saluent, sans réserve, une avancée majeure et font le pari que la coopération qui commence sera riche d’engagements tenus, pour le bénéfice de tous.

22juin2010_ONG_Convention_Hydro_FINAL.pdf

3 commentaires.

  1. Qu’en sera t’il de la peche de l’alose en Estuaire car meme si Poutes represente un obstacle majeure, les filets de l’estuaire represente une menace tout aussi dommegeable!
    Enfin si on peut resoudre les problemes un a un c’est deja un bon point

  2. Dans le cas de POUTES, nous devrons être très pointilleux sur 3 points:
    – la montaison des adultes ;
    – les éclusées ;
    – la dévalaison des smolts.
    Il a fallu le rapport de Monsieur PHILIPPART pour qu’enfin soit officialisé la nuisance sur ce troisième point.
    Jusqu’en 2005,sur 1000 smolts originaires de l’amont de POUTES, 30 % passaient le complexe POUTES/Monistrol . D’où le commentaire suivant dans son rapport : NOUS POUVONS AFFIRMER QUE LE TERME DE DEFILE DE LA MORT DES SAUMONEAUX POUR LA RETENUE ET LE BARRAGE DE POUTES EST BIEN JUSTIFIE.
    Malgré les contestations de certains élus, les aménagements pour une hydro électricité durable sur les Gaves, rivières de Bretagne-Normandie et de l’axe Loire Allier sont un juste retour des engagements pris dans les années 1920 par nos responsables nationaux.
    Louis SAUVADET

  3. Le chemin est encore loin pour avoir une hydro-électricité en concordance avec les exigences écologiques des rivières. Si l’aménagement des barrages pour le passage des poissons demeure une question de technique et d’argent. Il n’en demeure pas que l’hydro-électricité est une énergie de complément qui vient ponctuellement soutenir la production linéaire du nucléaire. Ce qui engendre les éclusées très dommageables pour les milieux aquatiques. Même sur les micro-centrales, le fonctionnement par éclusés est souvent la règle car les turbine sont tout le temps sur-dimensionnées pour fonctionner au fil de l’eau. L’augmentation de 3 TWH de la production hydro-électrique demeure une mauvaise nouvelle pour les rivières françaises même s’il y a quelques compensations.

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